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Fiscalité

IS ou IR : quel régime pour ma jeune société ?

Par Gilbert BazinPublié le

Comparer les deux options selon les bénéfices prévus.

IS ou IR : quel régime pour ma jeune société ?

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Le bon régime dépend de trois paramètres : le bénéfice prévisionnel, la part que vous souhaitez vous verser et la capacité de réinvestissement de votre activité. L’impôt sur les sociétés taxe le résultat dans la structure, avec un taux réduit sur une première tranche de bénéfices. L’impôt sur le revenu fait remonter ce résultat chez vous, où il s’ajoute à vos autres revenus et suit votre tranche marginale. Un expert-comptable peut chiffrer les deux hypothèses en quelques jours, souvent avant même la signature des statuts.

IS ou IR : ce qui se joue vraiment au moment de créer la structure

Une jeune société n’arrive pas devant cette question par hasard. Le régime fiscal découle d’abord du statut juridique retenu, puis s’affine selon la façon dont le fondateur imagine son développement. Lancer une SASU pour exercer une activité de conseil conduit mécaniquement à l’impôt sur les sociétés, alors qu’une entreprise individuelle ou une micro-entreprise reste dans le champ de l’impôt sur le revenu. Entre les deux, l’EURL et la SARL offrent une marge de décision réelle.

Ce qui se joue à cet instant n’est pas seulement un pourcentage. Il s’agit de savoir si les bénéfices serviront à vous rémunérer, à rembourser un emprunt, à financer du matériel ou à constituer une trésorerie de sécurité. Deux entreprises affichant le même chiffre d’affaires peuvent avoir intérêt à des régimes opposés selon la destination donnée à leurs résultats.

L’impôt sur les sociétés, un cadre qui favorise la capitalisation

Dans un régime à l’IS, la structure est une personne morale fiscalement autonome. Elle paie son propre impôt sur le résultat : 15 % sur les premiers 42 500 euros de bénéfice lorsque les conditions d’éligibilité au taux réduit sont remplies, puis 25 % au-delà. Les sommes conservées dans l’entreprise ne subissent pas de nouvelle imposition tant qu’elles y restent. C’est l’argument qui séduit les projets industriels, les activités nécessitant du stock ou de l’investissement, et les sociétés qui prévoient de recruter.

L’argent ne devient coûteux que lorsqu’il sort. Un salaire versé au dirigeant est déductible du résultat, ce qui diminue la base imposable, mais il supporte des cotisations sociales. Un dividende n’est pas déductible et subit la fiscalité des revenus du capital, soit la flat tax de 30 % dans le régime de droit commun, sauf option pour le barème. Le choix entre ces deux canaux constitue souvent l’essentiel de l’arbitrage.

L’impôt sur le revenu, un cadre lisible qui suit votre situation personnelle

À l’IR, les bénéfices de l’activité rejoignent directement la déclaration du foyer. Ils sont taxés selon le barème progressif, dont la tranche haute atteint 45 %, après application des cotisations propres au régime des indépendants. L’avantage tient à la transparence : une année faible génère peu d’impôt, et un déficit peut, sous conditions, s’imputer sur les autres revenus du foyer.

La contrepartie mérite d’être posée clairement. Une année exceptionnelle fait grimper la note, même si vous laissez l’argent dans l’entreprise pour financer la suite. Dans une activité relevant de l’IR, la rémunération de l’exploitant n’est pas déductible du résultat : chaque euro conservé dans la structure reste compris dans la base imposable. Ce cadre convient donc mieux aux bénéfices modestes et réguliers qu’aux profits destinés à être réinvestis massivement.

Comparer IS et IR point par point

CritèreSociété à l’ISActivité à l’IR
Redevable de l’impôtLa sociétéLe foyer fiscal
Taux appliqué15 % puis 25 %Barème progressif, jusqu’à 45 %
Rémunération du dirigeantDéductible du résultat si assimilée salariéNon déductible du résultat
Sortie de trésorerieDividendes taxés, salaires soumis à cotisationsPrélèvements personnels sans imposition supplémentaire
RéinvestissementNeutre fiscalementTaxé dès la réalisation du bénéfice
DéficitsReportés au niveau de la sociétéImputables sur le revenu global selon les règles du régime

La rémunération du dirigeant déplace souvent l’arbitrage

Beaucoup de créateurs comparent les taux et s’arrêtent là. Le calcul devient bien plus intéressant quand on y intègre la manière dont le dirigeant se paie. À l’IS, un salaire élevé réduit le bénéfice imposable et donc l’impôt dû par la société, tout en alimentant une protection sociale plus généreuse. À l’inverse, une rémunération faible laisse le résultat dans la structure, mais augmente la base soumise à l’impôt sur les sociétés et prépare des distributions futures.

Le bon dosage dépend de votre besoin de trésorerie personnelle, de votre horizon de retraite et du niveau de couverture sociale souhaité. Un dirigeant qui a déjà une carrière salariée derrière lui n’arbitre pas comme une personne de trente ans qui démarre et cherche à se constituer des droits.

Faut-il attendre un seuil de bénéfice précis avant de basculer ?

Aucun texte ne fixe de montant à partir duquel l’IS deviendrait obligatoire, à l’exception des formes juridiques qui l’imposent. Les repères que l’on entend dans les salons professionnels relèvent de la simulation, pas de la loi. En pratique, tant que les résultats restent absorbés par les tranches basses du barème, l’IR peut rester compétitif, surtout si l’activité génère des déficits les premières années.

Quand les bénéfices deviennent confortables et que l’entreprise a besoin de financer sa croissance, l’IS reprend l’avantage, parce qu’il taxe la structure à un niveau connu et laisse la trésorerie travailler sans frottement fiscal supplémentaire. Le basculement se prépare sur un prévisionnel, pas sur un chiffre entendu quelque part.

SARL, EURL, SAS : le statut juridique oriente déjà le régime

  • SAS et SASU : impôt sur les sociétés obligatoire, aucune option pour l’IR.
  • EURL : IS par défaut, avec possibilité d’opter pour l’IR pendant cinq exercices.
  • SARL de famille : option pour l’IR ouverte sous conditions.
  • SNC : IR par défaut, sauf option contraire.
  • Micro-entreprise et entreprise individuelle : IR uniquement.

Ces règles comportent des conditions de détention du capital et évoluent avec la loi. Un expert-comptable les vérifie au regard de votre situation, notamment lorsque des associés extérieurs entrent au capital ou quand un holding se met en place.

Plusieurs associés, activité mixte, revente : les situations qui changent la donne

Trois configurations méritent une attention particulière. D’abord, la société détenue par plusieurs personnes : la répartition des distributions et la fiscalité personnelle de chaque associé rendent le calcul plus complexe, surtout si certains ont des revenus élevés et d’autres non. Ensuite, l’activité mixte, qui combine par exemple une prestation de conseil et la vente de biens : les règles applicables aux déficits et aux plus-values ne se superposent pas toujours de façon intuitive.

Enfin, le projet de revente. Un dirigeant qui envisage de céder ses parts dans quelques années n’a pas le même intérêt qu’un entrepreneur installé pour vingt ans. La fiscalité de la plus-value de cession et le calendrier des distributions pèsent dans la réflexion, bien plus que le seul taux de l’impôt sur les sociétés.

Simuler les deux scénarios avant d’arrêter votre choix

La bonne méthode tient en une phrase : projeter trois exercices, avec une hypothèse prudente et une hypothèse favorable, puis comparer le revenu net disponible pour vous dans chaque cas. Cette comparaison doit intégrer l’impôt sur les sociétés ou l’impôt sur le revenu, les cotisations sociales, la fiscalité de sortie, mais aussi la trésorerie disponible pour investir et la protection sociale obtenue en échange.

Le calendrier compte autant que le montant. Une option pour l’IR se décide dans les premiers mois de l’exercice, et la sortie de ce régime obéit à des règles de durée. Attendre le dernier moment revient souvent à renoncer à la possibilité la plus intéressante. Mieux vaut en parler dès la rédaction des statuts, puis revoir le calcul chaque année.

L’EURL relève-t-elle de l’impôt sur les sociétés par défaut ?

Oui. Une EURL dont l’associé unique est une personne physique est soumise à l’impôt sur les sociétés, sauf option expresse pour l’impôt sur le revenu. Cette option porte sur cinq exercices et se renouvelle ensuite, tant que les conditions restent remplies.

Une SAS peut-elle opter pour l’impôt sur le revenu ?

Non. La société par actions simplifiée et la SASU sont imposées à l’impôt sur les sociétés, sans possibilité d’option pour l’IR. Un créateur qui souhaite rester au barème progressif doit donc se tourner vers une autre forme juridique.

Que se passe-t-il lorsque l’option pour l’IR arrive à son terme ?

L’option couvre cinq exercices. Elle se renouvelle par tacite reconduction si rien n’est fait, et la renonciation anticipée obéit à des conditions strictes. Mieux vaut inscrire cette échéance dans votre calendrier comptable pour ne pas la découvrir trop tard.

Faut-il distribuer des dividendes pour que l’IS soit avantageux ?

Pas nécessairement. L’intérêt du régime apparaît surtout lorsque les bénéfices restent dans l’entreprise pour financer son activité. Si vous retirez chaque année la totalité du résultat sous forme de distributions, la fiscalité cumulée se rapproche souvent de celle de l’IR, sans gain évident.

Peut-on changer de régime fiscal en cours de vie sociale ?

Oui, dans les deux sens, mais selon des modalités encadrées : option à formuler dans les délais, durée minimale d’application, formalités déclaratives. Un changement de régime se prépare sur un exercice complet, avec l’appui de votre expert-comptable.

L'auteur

Gilbert Bazin

Expert-comptable

Je tiens la comptabilité de PME et je les aide à construire leurs tableaux de bord. J'explique comment transformer les chiffres en décisions utiles.

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